Travaillant avec la presse papier, mais également numérique, il y a un mot qui revient sans cesse et qui à tendance à agacer un peu tout le monde : l’embargo. Depuis un petit bout de temps, blogueurs comme distributeurs arrivaient à trouver leurs comptes malgré ces mesures. Cependant, un évènement aux Etats-Unis est venu bouleverser un peu ce doux équilibre.
Revenons rapidement sur les faits. Nous sommes début décembre 2011 et la presse américaine vient de voir en projection de presse le dernier film de David Fincher, Millenium. Un embargo est mis en place par le distributeur concernant la mise en ligne de la critique. Cependant, un journaliste du New-Yorker, David Denby, ne l’entend pas de cette façon et poste sa critique en amont, brisant ainsi l’embargo. Fureur chez le distributeur, échanges de mails en production, le réalisateur et le journaliste. Il a décidé de briser l’embargo plus par ras-le-bol de cette ligne de conduite monnaie courante de nos jours. David Fincher, lui-même, a qualifié cet acte d’immoral et avait même pensé à interdire désormais les projections de presse.
Qu’en est-il chez nous?
Je ne vous le cache pas, il était un peu compliqué de travailler avec la presse web chez nous jusqu’au jour où j’ai décidé de prendre les choses en main. Avec la presse écrite, le contrôle des parutions est assez simple puisque chaque hebdo sort un jour précis, pour les quotidiens la question ne se pose même pas, pour ce qui est des mensuels cela peut varier. Il est important pour un RP de connaître quand sortira le magazine puisque la date sera reportée sur le rapport média envoyé à la production et à la distribution. Pour ce qui est du web, nous n’avons pas ce genre de contrôle. Un blogueur peut voir le film un jour et mettre en ligne sa critique le lendemain parfois plusieurs semaines à l’avance. Qu’elle soit bonne ou mauvaise cela pose problème.
Nous ne mettons pas en place des embargos sur tous nos films. Ils arrivent, parfois, que la critique puisse être mise en ligne librement. Alors oui, je suis pour l’embargo, non pas pour mettre à mal qui que se soit, mais il s’agit surtout de créer un équilibre cohérent. En ce qui nous concerne, nous ne faisons signer aucun papier stipulant le fait de ne pas parler du film avant telle date sur les blogs ou les réseaux sociaux. Je pars du principe qu’un attaché de presse et un journaliste/blogueur sont comme un binôme. Je fais confiance aux personnes qui viennent voir nos films. Je précise quand même par mail s’il y a ou non embargo.
Si jamais, un blogueur publie sa critique en amont, un simple appel en lui demandant gentiment de la publier plus tard. Je pense que cela ne sert pas à grand chose de blacklister les gens pour ça. L’erreur est humaine et cela arrive à tout le monde d’oublier. De là à interdire les projections de presse, je trouve cela un peu exagéré. Certes, un film va exister par l’affichage etc… mais le public se base aussi par rapports aux différentes critiques qui sont parues.
Il y a aussi un autre problème qui commence à prendre de l’ampleur, c’est la publication sur les réseaux sociaux des avis directement à la sortie de la projection. J’ai toujours défendu le fait que quelqu’un puisse donner son avis si ce dernier est posté par le biais d’un compte personnel. S’il est publié via un compte professionnel, cela pose plus de problème, car pour moi il y a dans ce cas une rupture de l’embargo. Il n’est d’ailleurs pas étonnant de voir indiquer dans les bios sur Twitter : « Ceci est un compte personnel. Ces tweets n’engagent que moi ». Les gens se couvrent et c’est bien normal.
Un dernier point sur lequel il y a un peu de mauvaise foi. Quand une mauvaise critique nous échappe et est publiée en amont, généralement certaines personnes savent parfaitement nous faire comprendre que nous ne faisons pas notre travail. Par contre, quand cette dernière est bonne, voire très bonne, c’est formidable. Je pense qu’à un moment donné, il ne faut pas prendre les gens pour des idiots. Si nous les rembarrons parce qu’ils postent une critique négative avant et que nous ne disons rien quand elle est positive, je ne serais pas content aussi.
Il y a aussi le cas du site qui veut à tout prix poster en amont afin d’avoir une sorte d’exclusivité. Passer par derrière pour effectuer ce type de manœuvre n’est pas forcément très appréciée par les différents bureaux de RP.
Au final, la question de l’embargo et de tout ce qui gravite autour est une question réellement épineuse et mériterait une table ronde entre critiques, professionnels, réalisateurs. Car la source du problème est là : sans dialogue, nous n’avancerons jamais. Chacun campera sur ses positions et le débat restera vain.
[...] attaché de presse dans le cinéma (ou plutôt vers son "Pas Blog", comme il l'appelle. Dans "Sur le terrain des RP : l'embargo", il explique / justifie / analyse les raisons d'être de la règle si exaspérante (même si [...]